© Chloé Poizat, 2025

Le dessin constitue le fondement du travail de Chloé Poizat, mais s’y associe de plus en plus d’autres médiums : peinture, son, vidéo, sculpture, installation… Ces modes d’expression, appréhendés en symbiose, participent à la construction d’un univers total dans lequel l’artiste nous invite à entrer.

La nature et ses composantes — végétales, minérales, organiques — sont pour elle des sources d’inspiration inépuisables. Réminiscences de la forêt de son enfance, trognes et chimères peuplent son œuvre, fruits de paréidolies qui accrochent le regard et troublent notre perception. Face à ces formes naturelles et intrigantes, le doute s’installe : est-ce un fétiche anthropomorphique d’une ancienne civilisation ou une simple pierre burinée par le temps ? Une branche tortueuse ou le vestige d’un être sylvestre pétrifié ?

Hybridation, métamorphose, transmutation sont ainsi au cœur de sa démarche. Grotesques, spectres et êtres chimériques en sont les protagonistes.

À la manière de contes aux accents merveilleux ou cauchemardesques, ses œuvres nous entraînent dans les entrailles de la terre, dans des mondes souterrains où l’invisible se manifeste et où les formes enfouies prennent vie.

Si les thèmes du mythe, du folklore, de l’onirisme ou de la mélancolie évoquent certaines préoccupations symbolistes de la fin du XIXe siècle, Chloé Poizat s’en distingue toutefois par une forme d’humour — bien éloignée de tout pessimisme. Si ces oeuvres nous séduisent et nous troublent, c’est peut être parce qu’elle activent en nous, une projection de ce que pourrait être l’ailleurs.

J’ai longtemps vécu près d’une vaste forêt, lieu concentrant fantasmes, peurs et mystères.

Depuis l’enfance les musées et les livres ayant trait aux sciences me fascinent particulièrement.

Ainsi j’explore, entre autres thématiques et par le biais fantastique, la botanique, la géologie, la minéralogie, l’astronomie, que je reformule à travers des archéofictions comme provenant de temps immémoriaux.
L’émerveillement face à des choses glanées au pouvoir de transfiguration sur lesquelles je pose mon regard (fossiles, os, scories, cailloux, végétaux…), fait partie intégrante de mon processus créatif que je me plaît à rattacher à la pratique de chasseuse-(re)cueilleuse. L’idée de métamorphose se déploie d’ailleurs dans toutes mes pratiques et de façon diverse : disparition des lieux et des corps, évolution du vivant, altération, mondes invisibles et illusion… Le mystère de l’apparition de la vie sur Terre, les mythes, les civilisations disparues m’intéressent spécialement, je m’en inspire en partie pour créer des récits fragmentaires où l’on éprouve l’énigme, le grotesque, l’étrange, le rêve.

La fiction est par là même constitutive de mon univers que je défini parfois comme horrifique merveilleux, oxymore qui m’a été inspiré par la lecture de l’œuvre de Marcel Schwob.

Bien que ma pratique soit variée, le dessin en est le socle fondateur. Il dialogue avec mes autres pratiques au sein de l’espace d’exposition, proposant des va-et-vient formels et conceptuels, des sentiers toujours un peu mystérieux à défricher par le regardeur.

Une part de mon travail prend également forme à travers l’édition, avec des livres, des artzines ou des multiples, autonomes ou accompagnant des expositions.