Depuis les années 1990, Danielle Marie Chanut façonne une œuvre singulière à partir du livre - détourné, transformé, réinvesti. Les ouvrages qu’elle choisit sont ceux mis au rebut car trop abimés ou incomplets promis à l’oubli ou à la benne. L’artiste leur offre alors une autre issue, leur donnant les moyens « de conter une dernière fois ».

Loin de tout acte de vandalisme, cette pratique procède d’un attachement profond aux livres et aux récits qu’ils portent. Ancienne libraire, Danielle Marie Chanut possède une connaissance intime des histoires, des mythes, des contes et des légendes qui fondent notre imaginaire collectif. Le livre devient alors à la fois support, matière et source d’inspiration, dans une boucle vertueuse où il est sans cesse réactivé.

Ses œuvres prennent la forme de véritables livres-sculptures, immersifs et extravagants, empreints d’humour et d’une esthétique baroque proche du cabinet de curiosités. À la manière d’un petit théâtre, chaque pièce raconte autrement les grands récits, les déploie dans l’espace et en renouvelle la lecture.

C’est dans l’accumulation et la profusion que ses œuvres se construisent. Objets, matériaux trouvés, fragments d’images et anciennes gravures s’agglutinent sur et entre les pages, mais toujours pour un sens précis.

Le regard est invité à ralentir, à s’attarder, à faire le tour de l’œuvre, à se pencher sur les moindres détails. Jouant de l’espace et du temps, ce n’est qu’au prix de cette attention patiente que la pièce se dévoile pleinement et livre ses secrets.

À la manière du miroir d’Alice, les livres de Danielle Marie Chanut deviennent des seuils à franchir, des portes ouvertes vers des mondes luxuriants et féconds, où les récits anciens trouvent une nouvelle forme d’existence.